Interview de Anne GUSTAVE, musicothérapeute

Nous avons rencontré Anne GUSTAVE, concertiste, flûtiste diplômée du conservatoire de Lyon et musicothérapeute. Elle anime, grâce à son association "Mots pour maux", fondée avec son mari, des ateliers le chant prénatal et accompagne les personnes âgées en soins palliatifs. Elle organise également des stages d'expression corporelle et musicale.
  • Anaïs, Elodie, Lou : Comment définiriez-vous, simplement et clairement, la musicothérapie ?

Anne GUSTAVE : Je vais vous dire les mots que m’inspire la musicothérapie… Harmonie… Bien-être… Relation… Ecoute… Joie… Pleurs… Emotions… Chemin… Ouverture.

  • Anaïs, Elodie, Lou : Y-a-t-il un lien ou une différence entre musicothérapie et psychothérapie ?

Anne GUSTAVE : La musicothérapie est une thérapie qui utilise comme médiation la musique.

  • Anaïs, Elodie, Lou : Quelles sont les études proposées pour accéder au métier de musicothérapeute ?

Anna GUSTAVE : Les musicothérapeutes travaillant dans le domaine clinique (ou médical) doivent nécessairement faire des études de psychologie en faculté en plus des études de musicothérapie. L’enseignement des universités offre des études structurées qui conviennent au milieu visé. Autrement, certaines associations proposent des formations parallèles où les enseignements se centrent sur le contact avec l’autre et l’apprentissage des bases pour une technique plus libre de pratique. Le statut de musicothérapeute n’est cependant pas reconnu en France, à l’inverse de certains pays nordiques comme les Pays-Bas.

  • Anaïs, Elodie, Lou : Vous parlez de « techniques psychomusicales » sur le site de votre association « Mots pour maux », que sont-elles ?

Anne GUSTAVE : Alors, les techniques psychomusicales ont pour objectif la relaxation mais, à la différence de la musicothérapie, elles ne sont pas définies dans ce que j’appellerais un « cadre thérapeutique ». En effet, lors d’une thérapie, le thérapeute définit un protocole. Il prescrira un nombre déterminé de séances à la fin desquelles un bilan sera fait. Des résultats précis et définis sont attendus. Les techniques psychomusicales, elles, ont vraiment pour but de détendre en utilisant les bienfaits de la musique. La confiance est primordiale dans la relation. A l’issue d’un premier entretien, le patient et le thérapeute décideront de continuer ou non la thérapie.

  • Anaïs, Elodie, Lou : Quelles sont les spécificités des musicothérapies réceptive et active ?

Anna GUSTAVE : La musicothérapie « réceptive », contrairement à ce que certains pensent, n’est pas une musicothérapie « passive ». Il ne s’agit pas simplement d’entendre la musique mais de vraiment l’écouter. Cela consiste à se concentrer sur cette audition musicale dans une écoute fine de son ressenti. En effet, la musique va inviter la personne à voyager dans ses sensations, émotions, souvenirs… Lors d’une musicothérapie réceptive, on écoute le ressenti des personnes. Avant d’entamer cette forme de thérapie, on donne au patient un questionnaire en référence à son vécu musical et on essaye de formuler ce que j’appelle sa « problématique », c’est-à-dire la raison pour laquelle il veut faire une thérapie. A partir de là, le thérapeute va choisir des musiques à faire écouter au patient. Ces musiques vont tout d’abord avoir pour but de rejoindre le patient dans son état d’esprit, son humeur, puis elles vont petit à petit rejoindre la problématique du patient dans le but de la résoudre. Par exemple, pour une personne déprimée, on peut commencer par lui faire écouter des mélodies mélancoliques. Avec les personnes âgées, on peut faire appel à la mémoire limbique (mémoire des émotions) en leur faisant écouter des chansons de leur jeunesse. Cela aura pour effet de les remettre dans un environnement connu et qui favorisera à nouveau le contact et un retour à leur identité. On a le même type de pratique avec les malades Alzheimer qui conservent jusqu’au bout leur mémoire limbique.

La musicothérapie « active » favorise une communication non verbale. Elle permet aux patients de s’exprimer, aussi bien corporellement que musicalement (mouvements corporels, production de sons avec des instruments, regards, touchés…).

On l’utilise aussi beaucoup avec les personnes âgées ainsi qu’avec les handicapés. Cela leur permet de se détendre et ainsi de mieux s’exprimer et de communiquer différemment avec les autres.

  • Anaïs, Elodie, Lou : Est-il possible de travailler avec des personnes sourdes ? Qu’est-ce que la musicothérapie peut leur apporter ?

Anne GUSTAVE : Oui, bien sûr, cela est possible. Je pratique avec ces personnes des « massages sonores ». En fait, je joue d’un instrument et les personnes sourdes sont extrêmement sensibles aux vibrations produites par l’instrument. Cela a pour effet de mettre en résonance les cellules, les tissus et d’agir comme un massage. Les sons graves qui sont caractérisés par des fréquences de grande amplitude détendent (comme celles produites par le didgeridoo). Il m’arrive d’ailleurs parfois au cours d’une séance, de tourner autour de la personne en jouant du didgeridoo de façon à créer une « enveloppe sonore ». La résonance des fréquences aigues va stimuler et réveiller.

  • Anaïs, Elodie, Lou : Y-a-t-il des sons ou des mélodies qui ont un effet particulier sur le corps ?

Anne GUSTAVE : On ne peut pas véritablement faire de généralités à ce sujet car cela dépend des personnes à qui l’on s’adresse. Cependant à certaines sonorités peuvent être attribués certains effets.

Par exemple, les massages sonores utilisent des vibrations pour détendre. Les bols tibétains ont pour but de rééquilibrer nos centres d’énergie.

Le rythme affecte les battements du cœur. Il a pour but d’animer et de dynamiser la personne. Les musiques africaines qui sont un exemple de musiques rythmées, peuvent être utilisées chez des personnes sujettes à des addictions pour leur donner un meilleur ancrage.

Au cours d’une relaxation, il vaut mieux éviter d’utiliser des musiques connues. Elles peuvent en effet convoquer des pensées qui viennent exciter le mental qu’on tente justement d’apaiser.

Une musique dont on reconnait les effets relaxants et qui représente un modèle d’équilibre est par exemple la musique de Mozart. En effet, beaucoup de ses œuvres très structurantes sont composées en quatre parties : rapide, lente, une danse et un final rapide.

 

  • Anaïs, Elodie, Lou : Y-a-t-il eu des échecs avec certains patients ? Pourquoi ?

 

Anne GUSTAVE : Il m’est arrivé une fois de chanter avec mon mari devant des personnes Alzheimer. Une des résidentes n’arrêtait pas de critiquer la musique et de dire que nous avions « l’air bête » en chantant. C’était très déstabilisant d’avoir quelqu’un d’aussi agressif qui, en plus, distrayait également les autres résidents. Dans le courant de la rencontre, je lui ai demandé pourquoi elle réagissait ainsi. Elle me répondit que c’était parce que lorsqu’elle était enfant et qu’elle chantait, sa mère lui disait qu’elle était « idiote ». Après ça, cette personne fut très agréable tout le temps de la visite. Cette rencontre, désagréable au départ, s’est avérée être une très belle expérience thérapeutique.

 

Anne GUSTAVE : En conclusion, je dirais que le plus important en musicothérapie c’est de prendre soin de soi, de l’autre, d’être présent c'est-à-dire d’écouter et d’accompagner l’autre tel qu’il est. Il s’agit donc de ne porter aucun jugement sur la personne afin de lui permettre de s’ouvrir en confiance. En un mot de porter un regard bienveillant à l’occasion de chaque rencontre.

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