Interview de Christine GAGNERE, éducatrice

Nous avons rencontré Christine GAGNIERE, collègue de la mère d'Elodie, éducatrice à l'IME (Institut Médico Educatif) de Challes-Les-Eaux qui a reçu une formation en musicothérapie. Elle la pratique avec les enfants et les jeunes handicapés dont elle s'occupe.
  • Elodie, Anaïs, Lou : Comment définiriez-vous, simplement, la musicothérapie ?

 

Christine GAGNIERE : La musicothérapie, c'est se servir de la musique pour aider les gens dans un mieux être.

 

  • Elodie, Anaïs, Lou : Y-a-t-il un lien ou une différence entre musicothérapie et psychothérapie ?

 

Christine GAGNIERE : La musicothérapie peut être une psychothérapie effectivement. Elle aide parfois, car c'est une façon plus ludique d'approche. On utilise souvent des instruments, notamment des petites percussions qui sont des instruments faciles d'utilisation et adaptables à tous qui constituent donc un intermédiaire entre patient et thérapeute. Certaines personnes passent d'ailleurs par la musicothérapie avant d'entamer une thérapie plus importante.

 

  • Elodie, Anaïs, Lou : Lors des séances, le(s) patient(s) sont-ils plutôt actifs ou passifs ? Pratiquent-ils ou écoutent-ils la musique ?

 

Christine GAGNIERE : Cela dépend tout d'abord de la personne à qui l'on adresse. Par exemple, pour des personnes n'ayant aucune mobilité (cela reste rare), on utilisera plutôt une musicothérapie « passive ». J'utilise moi-même beaucoup le chant dans ces cas, car les patients sont incapables de pratiquer un instrument. Cela leur apporte néanmoins quelque chose par les vibrations qu'elles peuvent ressentir, par l'échange qu'elles peuvent avoir.

La musicothérapie « active », elle, comprend le moindre geste qui permet à la personne d'émettre un son. Le patient doit être mis dans une situation positive, de réussite. C'est pour cela que l'instrument utilisé sera choisi en fonction de ses capacités : un instrument qu'il pourra tenir, avec lequel il pourra produire un son...

 

  • Elodie, Anaïs, Lou : Y-a-t-il besoin de savoir chanter, de savoir jouer d'un instrument pour entamer une musicothérapie ?

 

Christine GAGNIERE : Non car c'est la créativité qui importe et non le fait de savoir faire quelque chose, pour la musique comme pour le chant.

 

  • Elodie, Anaïs, Lou : Est-ce le musicothérapeute qui fait produire des sons spécifiques au patient ou est-ce le patient qui décide et improvise ?

 

Christine GAGNIERE : En fait, les deux sont possibles car certains patients n'improviseront jamais. Les enfants dont nous nous occupons, par exemple, n'ont jamais la spontanéité de mettre en route la séance et c’est à nous de les guider. Mais dans tous les cas, on ne va pas essayer de lui faire faire le son qu'on veut, nous, mais le son qu'on pense qu'il va pouvoir produire. On ne sait pas forcément quel son qu'il va faire mais on arrive à se dire « il semble utiliser tel geste, on peut donc lui donner tel instrument ». On avait par exemple un jeune qui secouait en permanence les mains, donc s’il a des grelots, les grelots vont tinter. Pour quelqu'un qui agite les jambes, on peut lui donner quelque chose qui produit un bruit lorsque ses jambes s'entrechoquent. On essaie d'adapter l'instrument au comportement du patient.

 

  • Elodie, Anaïs, Lou : Dans quelle tranche d'âge se situent vos patients ?

 

Christine GAGNIERE : Je travaille surtout avec des jeunes et des enfants handicapés mentaux entre 6 et 25 ans.

 

  • Elodie, Anaïs, Lou : Quelles sont les formations qui permettent d'accéder au statut de musicothérapeute ?

 

Christine GAGNIERE : La plupart des formations donnent un certificat qui certifie qu'on a fait la formation. Pour avoir un diplôme reconnu, il faut aller en Fac et faire un DUT. Ils sont proposés aux universités de Nîmes, de Paris et une autre dont je ne me souviens plus et qui fait de l’art-thérapie. L’art thérapie, ça veut dire qu’il n’y a pas que la musique. Il y a musique, dessin, collage… Ce sont toutes des formations sur 3 ans.

 

  • Elodie, Anaïs, Lou : Comment se déroulent les séances de musicothérapie ?

 

Christine GAGNIERE : Je débute et termine mes séances avec un « rituel » c’est-a-dire toujours la même chose pour commencer et pour finir. En chant, je vais toujours chanter le même chant en début de séance et toujours le même en fin de séance. Après, vers le milieu de séance, je chante souvent un chant avec les prénoms des enfants. Et je garde les mêmes rituels durant toute l’année, avec le même groupe. Ensuite, les chants qu’on chante avec les enfants sont en rapport avec les saisons, Noël… et sont les mêmes d’une séance à l’autre. Je change un chant à la fois au bout d’environ quatre séances sinon les enfants se dissipent et n’ont plus d’attention.

En musicothérapie, le rituel est, par exemple, sortir tous les instruments en début de séance et les ranger tous en fin de séance. Les enfants utilisent ensuite les instruments et, pendant ce temps, je les enregistre. C’est important car cela permet aux enfants de pouvoir se réentendre. Parce qu’en musique, contrairement au dessin, à la peinture où on peut contempler notre travail après l’avoir terminé, si on n’enregistre pas ce que l’on a fait, cela n’existe plus. C’est pourquoi la réécoute est primordiale. A titre d’exemple, j’avais eu une fois une fille qui n’avait rien fait pendant son temps d’enregistrement, elle a gardé une minute de silence. Pendant la réécoute, un des enfants a parlé et s’est fait crier dessus par cette fille. En effet, c’était son temps et il fallait l’écouter. Je fais aussi beaucoup de duos. C’est-à-dire que j’installe deux percussions en face-à-face et je laisse les deux enfants jouer. Les autres s’installent en rond autour d’eux afin de les soutenir et de créer une ambiance dynamique. Et très souvent, ils finissent par jouer ensemble, même si parfois il y a un « dominant » et un « dominé ». Ces rôles changent d’ailleurs parfois au cours de l’exercice.

 

  • Elodie, Anaïs, Lou : Qu’est-ce-que sont les mantras ?

 

Christine GAGNIERE : Les mantras sont en fait des chants religieux bouddhistes composés d’une phrase, courte, qui est répétée pendant très longtemps. Elle sert à apaiser, à nourrir intérieurement car la phrase a un sens positif. En fait chaque son est porteur de quelque chose. La façon dont il résonne dans le corps va le nourrir car il va faire vibrer certaine parties et quand on fait vibrer une partie, on la « met en vie ». Par exemple, les gens qui sont en prison ou enfermés dans des endroits où on ne parle pas et qui n’ont plus de vibrations finissent par devenir fous. Le silence (total) est en effet inexistant sur Terre et le son est donc indispensable au corps humain. Il existe d’ailleurs des salles où aucun bruit ne filtre, on peut y entendre battre son cœur. L’expérience est, dit-on, très impressionnante. Pour en revenir aux mantras, un des sons principaux est le son Ôm qui est considéré comme universel. D’ailleurs, pendant mes séances, il m’arrive de chanter « Frère Jacques » en remplaçant les paroles par « Ôm, ôm, ôm… » et les enfants adorent et ils le chantent facilement. Le mantra est en fait l’équivalent de la litanie catholique.

 

  • Elodie, Anaïs, Lou : Savez-vous comment la musique agit sur notre corps ?

 

Christine GAGNIERE : Il y a une théorie intéressante qui a été développée à ce sujet dans les années soixante par Marie-Louise AUCHER, c’est la Psychophonie. Marie-Louise AUCHER était à la base chanteuse mais elle a aussi fait beaucoup de recherches sur les effets de la voix et du son sur le corps. Elle a élaboré une théorie qui se base sur le fait que le corps humain est monté sur cinq octaves (intervalles de huit notes. Ex : du do au do) qui partent de la plus grave aux pieds, à la plus aigue à la tête. Elle a beaucoup travaillé dans les maternités où elle faisait chanter les mères enceintes et après qu’elles aient accouché. D’après ses recherches, les sons aigus développaient donc la tête et les sons graves le bas du corps du bébé.

Elle a également travaillé sur la résonnance du son dans le corps et s’est rendu compte que les gens ne « résonnaient » pas de la même façon. C’est pourquoi, elle arrivait, en chantant dans le dos des gens et en écoutant « résonner » leur squelette, à déterminer s’ils avaient un problème au niveau de leur squelette et où se situait le problème. Elle a appelé cette technique les « clichés des sons ». Tout au long de sa carrière de chanteuse, elle a fait beaucoup d’expériences avec le chant et a beaucoup travaillé avec des naturopathes, des ostéopathes, des pédiatres et le corps médical. Son travail est donc une source fiable même s’il n’est pas très connu.

Aujourd’hui, la recherche à ce sujet n’est pas très développée et beaucoup de scientifiques font leurs expériences « dans leur coin » que les médecins approuvent ou non. C’est pourquoi dans certains hôpitaux, les médecins acceptent les musicothérapeutes pour des gens arrivés en fin de vie ou des enfants allant subir un soin important pour apaiser et faciliter le soin.

A la mort de Marie-Louise AUCHER, il y avait quatre personnes qui avaient été formées par elle et ces personnes ont créé le Collège de Psychophonie Marie-Louise AUCHER.

 

  • Elodie, Anaïs, Lou : Qu’apporte la musicothérapie aux personnes âgées ?

 

Christine GAGNIERE : En fait, dans les maisons de retraites (mais c’est aussi valables pour tous les centres de collectivité, dont le nôtre), le fait de vivre en collectivité fait que les personnes sont « retirées » de leur milieu sonore. Elles sont placées dans un milieu qui est dé-sonorisé des bruits qu’elles connaissaient. Par exemple, en collectivité, on ne fait plus la cuisine ensemble, il n’y a donc plus de bruits de casseroles qui sont des bruits familiers et quotidien. Les voix d’enfants, les bruits d’appareils électroménagers… disparaissent appauvrissant ainsi la richesse sonore de ces personnes. C’est pour ce genre de situation que la musicothérapie peut être utilisée, pour redonner aux personnes âgées une possibilité de retrouver la diversité des sons qu’elles connaissaient.

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