Traditions anciennes et culture tibétaine et chinoise

  

           1. Traditions chamaniques

Les hommes de tous temps s'efforcent d'imiter les sons de la nature, d'une part pour se les approprier et en faire une force, et d'autre part, pour gagner la faveur des esprits. À travers toute l'Asie, les chamans récitaient des incantations magiques lors de guérisons symboliques. Ils sont un intermédiaire entre l'Homme et les esprits de la nature, il est à la fois sage, thérapeute, guérisseur et voyant de sa tribu. Le chaman apprend à réciter un chant que l'animal dont il a désiré faire son esprit protecteur lui a communiqué. Lors des cérémonies, chaque chaman psalmodie son chant qui lui est propre et qui ne peut être chanter par aucune autre personne. Les sons chantés ressemble souvent à des onomatopées. Ces chants imitent à la perfection les appels des animaux sauvages comme le daim, la chouette, l'ours ou le loup. On constate que plusieurs de ces cris d'animaux sont présents dans plusieurs exercices de Qi Qong, pour la plupart d'origine taoïstes. Le Gi Qong est une gymnastique traditionnelle chinoise et une science de la respiration fondée sur la connaissance et la maîtrise de l'énergie vitale, associant mouvements lents, exercices respiratoires et concentration. Ainsi, la tortue émet le son « sha », le tigre rugit dans un « haa », l'ours grogne dans un « hou ». Ces cris ont une puissance libératoire importante au niveau des émotions.

C'est grâce au chant que le chaman s'interposait entre la maladie et la santé. Il existe un mot sanskrit 'saman', qui veut dire chant. Cela laisse supposer que le chaman est littéralement celui qui chante le chant, dans le but de soigner, de conjurer et de guérir. Le chaman qui guérit est donc un trait d'union entre entre la personne et le monde spirituel. Le chant sacré montant spontanément investit guérisseur et communauté d'un pouvoir qui renforce chaque répétition suivante. C'est par le souvenir de l'épreuve et de l'angoisse que le guérisseur "faire revivre par le chant" ceux qui affrontent la maladie. Les taoïstes ont hérité d'une certaine quantité de techniques chamaniques, la taoïsme est un système de pensée religieuse et philosophique qui c'est développé en Chine au VIe siècle av. JC. Les sons « Hiiii » ou « Xi », très riche en fréquence harmonique, est souvent répété. On les retrouve dans de nombreux chants chamaniques du nord de la Chine et dans de nombreuses traditions de sons thérapeutiques en Chine et au Tibet.

          2. La tradition tibétaine

Lors de rituels ou des méditations, les bouddhistes tibétains psalmodient des prières appelés mantras. Le mantra est un support de méditation qui contribue au bien-être physique et spirituel du récitant.« Mantra » est une parole sanskrite qui signifie « la pensée qui libère et protège ». Les mantras sont utilisés dans diverses traditions: hindoue, tibétaine, bouddhiste. Les mantras sont des formules brèves formées d'une série de sons ou d'onomatopées répétées de nombreuses fois suivant un certain rythme et qui ont la faculté de changer l'état de conscience du récitant. Pour les lamas tibétains, la récitation de mantras doit être effectuée avec foi et conscience pour qu'ils aient un effet sur le corps et l'âme car ces 2 derniers sont inséparables dans le concept de santé de la médecine tibétaine. Pourtant, les tibétains ne les assimilent pas à des sons thérapeutiques... Les mantras sont des incantations religieuses qui ne doivent pas être récités mécaniquement mais avec conviction et foi.

Par ailleurs, il est intéressant de constater que les chrétiens, les celtes, les hindous, les juifs ou encore les musulmans possèdent leurs propres mantras. Par exemple, les chrétiens récitent "Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, Aie pitié de nous", les celtes "Awn Ah...ooh...nn..." (il s'agit d'un Om celtique) et les hindous "Hare Krishna" (Salut à Krishna).

Les mantras bouddhistes (religion majoritaire du Tibet) sont associés à des mandalas qui sont des représentations du cosmos, des roues des prières, des perles et bouliers. Le fait de répéter 108 fois un mantra est un sacrifice, cela en raison des chiffres: 1 représente l'absolu, 0 représente le cosmos et 8 l'infini.

« La musique rituelle tibétaine repose sur les vibrations les plus profondes que puissent produire un instrument ou une voix humaine: des sons qui paraissent venir des entrailles de la terre ou des profondeurs de l'espace , comme un grondement de tonnerre, les sons mantriques de la nature qui symbolisent les vibrations créatrices de l'univers, l'origine de toutes choses » Lama Govindra (fondateur de l'ordre du Pali du bouddhisme tibétain et propagateur du bouddhisme tibétain)

Il existe des milliers de mantras, chacun correspondant à une intention ou à une application particulière, pour invoquer une protection ou un pouvoir spécifique. Certains mantras sont capable d'entrer en résonance avec les centres énergétiques et certains organes du corps et de les activer. Chaque type de tissu corporel correspond à une intensité vibratoire spécifique, et on peut alors protéger les différentes parties du corps contre les énergies perverses. Ils sont aujourd'hui assimilés à des sons thérapeutiques.

Selon Christine Gagniere (éducatrice possédant une formation en musicothérapie), "les mantras sont des chants religieux bouddhistes composés d’une phrase, courte, qui est répétée pendant très longtemps. Elle sert à apaiser, à nourrir intérieurement car la phrase a un sens positif. En fait chaque son est porteur de quelque chose. La façon dont il résonne dans le corps va le nourrir car il va faire vibrer certaine parties et quand on fait vibrer une partie, on la « met en vie »". Par exemple, le son 'Om' agit sur la tete et le son 'Miya' sur les reins.

La récitation de mantras utilise principalement le chant diphonique, c'est-à-dire une technique vocale qui consiste à émettre simultanément un son grave modulé de fréquences aiguës. Ces sons auraient la particularité de modifier les ondes cérébrales, altérant ainsi l'état de conscience. La respiration, le rythme cardiaque ralentissent, l'humeur se détend et dans le registre grave, la récitation de mantras augmenterait la production naturelle d'endorphines (hormones tranquillisantes).

Caudace B. Pert, (scientifique américaine connue pour ses recherches sur la neuropeptides et les rôles des neurotransmetteurs comme les endorphines) montra que les endorphines sont concentrées de part et d'autre de la colonne vertébrale en deux faisceaux de fibres nerveuses transportant les informations et qu'elles correspondent à la localisation de deux chakras classiques de la tradition hindoue. Le yoga mantrique indien enseigne qu'il existe un petit centre d'énergie ou chakra mineur, le Chakra Bija qualifié de "centre de toutes les sonorités".

          3. La culture chinoise

6 000 ans avant JC, les peuples qui vivaient en Chine disposaient déjà d'une gamme heptatonique car ils jouaient de la flûte faite en os à sept trous ; plusieurs exemplaires furent retrouvés dans la province du Henan. Les anciens chants des maître taoïstes étaient eux aussi avant tout une identification avec la nature. Les chinois ont hérité de nombreux aspects du taoïsme sur lesquels ils ont développé leurs théories sonores. Ils avaient à cette époque et par rapport aux autres civilisations une connaissance approffondie des principes de base de l'acoustique physique. Dans l'Antiquité, la musique était très importante en Chine et faisait partie des quatres attributs classiques du lettré : Qin (cithare), Qi (jeu du go ou échecs chinois), Shu ( livres et calligraphie) et Hua (peinture).

Au deuxième siècle après JC, les Chinois avaient déjà développé une technique très avancée pour exploiter les différents timbres de chaque note. Les textes indiquent qu'il existait seize touchers différents pour jouer du luth Qinq ainsi que dix qualités de vibrato Yon, chacune reliée à une manifestation acoustique qu'on peut observer dans la nature : « la cigale pleurant l'arrivée de l'automne », « la cri de la tourterelle annonçant la pluie », « les pétales de fleurs flottant sur la rivière » ('Science et civilisation in China, vol. 4. Joseph Needham). Dans la vie sociale (avant la dynastie Han), le son était interprété comme une manifestation de l'équilibre ou du déséquilibre de la nature. Le chaman essayait d'atténuer ou d'emplifier les forces dépendant de la nature comme la pluie ou une moisson abondante à l'aide d'incatations. Depuis la plus haute antiquité, les Chinois font une synthèse de son, couleur et saveur qui les entourent et correspondent aux manifestations de la nature comme le tonnerre, les couleurs de l'arc-en-ciel et les saveurs des épices.Ainsi, les sons deviennent une manifestation des souffles appelé Qi (= énergies cosmiques primordiales): « Les six Qi (Yin, Yang, pluie, vent, obscurité et lumière) déterminent les 5 saveurs et se manifestent dans les 5 couleurs, leur modèle acoustique se prodigue dans les 5 sons » (Tse Chuan, 516 avant JC)

Dès la Chine antique, les praticiens de la santé chinoise avaient découvert que chaque organe interne de l'homme avait son propre cycle et son propre pouls. Les organes répondent aux vibrations des sons, tout comme nos états de conscience mentaux et émotionnels. Le docteur Tao Hong Jing (sous la dynastie Nan Beu, 420 - 581) avait découvert 6 sons aux effets thérapeutiques : Chui, Hu, Xi, Ke, Xu, Xia. Il y a une manière d'inspirer et d'expirer ces sons. Tao Hong Jing les inscrivit alors comme une technique de respiration longue et profonde. Mais au VIIIe siècle après JC, un autre médecin chinois, Sun Se Miao remodela la séquence des 6 sons de Tao Hong Jing. Il se basa sur les Cinq éléments: le bois, le feu, la terre, le métal et l'eau respectivement associés aux sons Xu, Ke, Hu, Xia et Xi. Cette nouvelle séquence est aussi associée aux saisons (printemps, été, fins de l'été, automne et hiver) mais encore aux organes (vésicule biliaire, intestin grêle, estomac, gros intestin et vessie) et aux cinques notes de la gamme chinoise (jiao, zhi, gong, shang et yu).

Le son est une forme d'acitivité que les Chinois catégorisent en une série de correspondances.

La gamme pentatonique chinoise et ses correspondances
Note Organe Element Saison
Zi coeur / intestin grêle feu été
Yu rein / vessie eau hiver
Gong rate / estomac terre fin de saison
Shang poumon / côlon métal automne
Jiao foie / vésicule biliaire bois printemps

Chaque son a la propriété de nourrir l'organe auquel il est associé et de régulariser sa circulatinon énergétique. En harmonisant les différentes circulations du corps, les sons contribuent à transporter à destination l'énergie nutritive, ce qui accélère la guérison et contribue à maintenir le corps et le mental en bonne forme. Le musicien va alors s'efforcer de traduire l'harmonie de la nature par des sons spécifiques, en accord avec la saison.

Dans l'ouvrage Mémoires Historiques de Seu Ma Chien qui datent de plus de 2000 ans, nous pouvons lire un aperçu de ce que l'on pourrait appeler une ancienne thérapie phsychique par les sons: « La note kong émeut la rate et met l'homme en harmonie avec la sainteté parfaite. La note chang émeut le poumon et met l'homme en harmonie avec la justice. La note kio émeut le fois et met l'homme en harmonie avec la bonté parfaite. La note tche émeut le coeur et provoque l'harmonie avec les rites parfaits. La note yu émeut les reins et met l'homme en harmonie avec la sagesse. »Conscients du fait que « la musique est le mouvement du coeur » (Liji), les Chinois avaient déjà inventé et codifié leur musicothérapie au cinquième siècle avant JC. Il faudra attendre encore quelques siècles (au quatrième de notre ère) pour que les médecins comme Tao hong Jing et Sun Tse Miao transposent des sons thérapeutiques en autothérapie.

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